Le Cabernet Franc de Loire entre dans une nouvelle ère

Saint-Nicolas de Bourgeuil : Vin et cépage

« Le Cabernet Franc est en passe de devenir l’un des grands cépages du monde », déclare Thierry Germain, propriétaire/vigneron du Domaine des Roches Neuves à Saumur-Champigny.

Il a raison. C’est le moment idéal pour déguster le Cabernet Franc de Loire. Le raisin donne bien plus que des sélections légères et faciles à siroter jeunes ou même légèrement frais. Aujourd’hui, les vins sont de plus en plus riches, vibrants et de longue durée.

Une succession de superbes millésimes (2014, 2015, 2017 et 2018) n’a fait que conforter l’idée que les embouteillages de Cabernet Franc du centre du Val de Loire méritent d’être pris au sérieux.

Quatre appellations, souvent biologiques ou biodynamiques, sont au cœur de cette transformation : Saumur-Champigny, Chinon, Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil. Ces appellations produisent des vins rouges à base de cabernet franc de plus en plus impressionnants. Ils offrent des parfums fumés, de riches petits fruits et de fines structures.

Le cabernet franc a été planté pour la première fois dans le centre de la vallée de la Loire il y a plus de 700 ans. Les vignobles s’étendent désormais sur ses appellations bucoliques, bordant les coteaux qui font face à la Loire et à la Vienne depuis les châteaux féeriques de Saumur, à l’ouest, jusqu’à Chinon et près du Château d’Ussé, l’inspiration du château de la Belle au bois dormant de Disney, en l’est.

Bourgueil

Bourgueil, c’est une pente et une plaine, qui sont corrélées à la structure et à la légèreté. Les deux faces de cette appellation peuvent souvent être apparentes dans les vins d’un même producteur. Ceux des coteaux crayeux et argileux témoignent de la structure et du potentiel de garde du Cabernet Franc. A l’inverse, les vins de la plaine graveleuse, qui s’étend à trois kilomètres jusqu’aux bords de la Loire, sont plus légers, avec une fraîcheur fruitée.

Prenez les vins de Catherine et Pierre Breton, qui cultivent leurs vignes en biodynamie. Ils ont une mise en bouteille parfumée et légère nommée Trinch, produite à partir des sols de graviers de la plaine.

En revanche, leur premier choix provient du coteau, les coteaux , du nom de l’un des meilleurs vignobles de Bourgueil, Les Perrières. Il est élevé en bois jusqu’à 24 mois, selon le millésime, et riche en tanins lorsqu’il est jeune, mais se développe en un vin mûr et épicé en vieillissant.

Même les producteurs qui n’ont que des vignes sur le coteau remarquent des différences entre les sites de vignobles. Midslope est le meilleur, selon Jacky Blot, propriétaire du Domaine de la Butte. Il est venu dans la région des vignobles de Chenin Blanc de Montlouis et de Vouvray avec le désir de produire des vins rouges uniquement à partir de vignes cultivées sur le coteau.

Puis Blot est allé plus loin. Il a regardé les différences entre le haut, le milieu et la base de la pente. Il décide de produire trois vins : Le Haut de la Butte, Mi-Pente et La Pied de la Butte. Le Mi-Pente, ou « milieu de coteau », est le plus structuré et le plus apte au vieillissement, tandis que La Pied de la Butte, du pied de coteau, est le plus doux et le plus frais, plein de fruits rouges éclatants.

Il y a beaucoup d’histoire dans ces vignobles de Bourgueil. Le cabernet franc y a été planté pour la première fois par les moines de l’abbaye de Bourgueil au Xe siècle, peut-être remonté du port de Nantes et originaire de Bordeaux.

L’abbaye est toujours debout, avec un vignoble clos de Cabernet Franc, Le Clos de l’Abbaye, l’un des plus anciens vignobles de la Loire, sur le côté.

Saint-Nicolas-de-Bourgueil

Une course folle dans les vignes de Saint-Nicolas-de-Bourgueil dans le van blanc cabossé de Xavier Amirault révèle une appellation à la personnalité bien affirmée. Ce n’est en aucun cas une réflexion après coup pour le voisin Bourgueil.

Le vignoble de Saint-Nicolas se situe principalement sur la plaine alluviale de sable et de gravier des rives nord de la Loire. Ces sites produisent le style de cabernet franc le plus léger des quatre appellations. Ce sont des vins de plaisir, mais leur légèreté ne les rend pas moins dignes d’attention.

Les 58 parcelles du Domaine Amirault , toutes cultivées en biodynamie, sont réparties sur l’appellation. Certains sont proches de la Loire, tandis que d’autres sont sur les graves plus profondes qui cèdent la place à la petite portion de la pente qui traverse Saint-Nicolas. Quelques-uns sont sur le coteau même, dont des vignes qui recouvrent la cave familiale pleine de vieilles bouteilles, à laquelle on accède par une porte verte presque invisible dans un talus, à la manière d’une demeure de Hobbit.

Il caractérise l’appellation en une phrase : « Un village, un cépage. C’est très simple. »

Si Amirault ne mentionne pas l’importance des sites viticoles, elle est soulignée par trois de ses vins. Le Val Renou, issu du versant crayeux et argileux, et Le Fondis, issu d’une couche profonde de graves étalées sur un socle argileux, sont structurés. Les Gravilices, issus de graves profondes de la plaine, sont équilibrés et pleins de saveurs de cerise et de prune.

Au coin du Clos des Quarterons d’Amirault se trouve la cave de Frédéric Mabileau, qui exploite ses près de 70 hectares de vignes en biodynamie depuis le millésime 2018.

Le changement de style de vin dans cette appellation et dans toute la Loire est un thème commun. Les yeux de Mabileau ont été ouverts par le millésime 2005.

« Nous n’avions jamais fait un vin aussi riche, dit-il. « Ce fut une révélation. » C’était son point de départ pour créer des vins qui se délecteraient du fruit tout en « optimisant ce que le millésime nous a donné ».

L’histoire de Mabileau est comme le parcours de tant de grands domaines de ce coin de Loire, celui qui a élevé le Cabernet Franc à un niveau différent et exalté.

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